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L’animal social

Publié le 3 avril 2020 par Vincenzo Ganci

L’actualité récente nous offre une occasion extraordinaire d’observation des interactions humaines. Au-delà des psychoses et des craintes générales, nous retenons -sur un plan plus professionnel- une envie de continuer à communiquer, de rester en contact avec ses collègues, non seulement lors de réunions virtuelles mais aussi de pauses café virtuelles.

Il y a plus de 2000 ans, Aristote pensait déjà que l’être humain développait son potentiel et réalisait son dessein naturel dans un contexte social, étant heureux de vivre dans une société régie par des lois et des coutumes.

Aujourd’hui, notre profession nous permet d’observer et discuter avec des centaines de cadres actuellement en télétravail. Jusqu’il y a un mois, la possibilité de télétravailler au moins une fois par semaine était dans le « top 5 des souhaits », et ceci afin d’éviter les transports (donc les bouchons), la recherche d’une place de parc, etc. En réalité, s’il est vrai que le télétravail est un élément de plus en plus présent dans les catalogues RH des avantages proposés par les entreprises, nous assistons parallèlement à une explosion du coworking. L’entreprise néerlandaise Space, fondée il y a à peine 10 ans, est aujourd’hui présente dans 50 pays, avec plus de 400 centres de coworking.

S’agit-il d’une contradiction ? La croissance du travail depuis chez soi mais également du coworking ? En réalité ceci est, à notre avis, un signe évident de l’envie de continuer à travailler ensemble, en partageant l’espace du quotidien avec d’autres personnes, se changer les idées, réfléchir ensemble. Une preuve supplémentaire est que de plus en plus de travailleurs indépendants qui, a priori, pourraient travailler depuis chez eux, accèdent aux espaces de coworking pour ne pas perdre le contact avec les autres ou la régularité d’une routine professionnelle.

Au fond, ce qui est véritablement souhaité par les travailleurs, ce n’est pas la solitude du télétravail, les interminables conférences téléphoniques ou les pauses café virtuelles, mais la flexibilité dans l’organisation de leurs journées et la réduction des temps de trajet. Certaines sociétés l’ont bien compris et proposent, au lieu ou en plus du simple travail depuis chez soi, la possibilité de travailler régulièrement depuis des bureaux décentralisés plus proches du domicile des collaborateurs, afin qu’ils puissent rester en contact avec leurs collègues (ou une partie d’entre eux).

En Suisse, malgré un « commuting time » de seulement 30 minutes -contre les 60 minutes ou plus des grandes villes européennes comme Londres et Paris-, nous sommes très sensibles à la qualité de vie, qui est également liée au temps passé dans les transports.

Il est donc opportun de travailler davantage sur les concepts de flexibilité et de réduction du temps de déplacement que sur une pure pratique du « home office » car l’envie de rester ensemble et le plaisir de réaliser un projet commun avec des personnes dont nous partageons les valeurs et la vision, constituent toujours un puissant facteur de motivation.